mardi 20 mai 2014

L'ombre naît de la lumière

Petite question aux amis qui écrivent des textes noirs ou des récits d'horreur? Avez-vous vos idées les plus tordues lors de belle journée? Parce que moi, c'est clairement le cas. Et si je ne m'en plains pas (c'est toujours bien d'avoir quelques idées bien cruelles), ça me cause tout de même un petit malaise.

Lors du week-end de trois jours, je suis allé à Skagway en Alaska avec la petite famille. Une température de 24 degrés Celsius, des paysages à couper le souffle. Même le trajet pour se rendre était superbe. On a même vu une maman grizzlys avec ses deux oursons, un caribou (et au retour un ours noir et... un lapin). On a mangé au restaurant, dormi à l'hôtel, passé du bon temps en famille.

Mais voilà, le samedi matin, je me suis levé plus tôt et une première idée m'a trotté dans la tête. Une image en fait. Qui s'est rapidement développé en histoire de littérature générale plutôt cute qui versait dans l'érotisme. Et puis, cette idée s'est dénaturée sous mes yeux. Pour devenir plus trouble, plus sombre, plus cruelle. À un point tel que lorsque je me suis réveillé, je ne me souvenais plus que vaguement de l'idée de départ (aujourd'hui, je n'en garde que quelques bribes). Mais j'étais obsédé par mon histoire noire. D'ailleurs, lorsque j'en ai glissé un mot à ma blonde, je me souviens que je lui ai dit que sous sa forme noire, l'histoire marchait, alors que ce n'était pas le cas dans sa forme soft, alors qu'il manquait quelque chose.

J'ai ensuite passé une très belle journée. On a fait un tour de train dans les montagnes, on a marché dans les sentiers, on a bien mangé, bien rit. Mais l'histoire continuait à prendre forme dans mon esprit. Hier, à la maison, je l'ai couché sur papier. Je pensais à une petite histoire de moins de 2 500 mots. Peut-être même à une micro-nouvelle de moins de 1000 mots. Mais quand le texte s'est déversé sur le papier, c'était 3 500 mots. Et habituellement, la version finale est 50% plus longue que le premier jet.

J'ai écrit cette première version d'un trait, en environ deux heures, tapotant fiévreusement sur mon clavier. À  la fin, j'étais épuisé. Et un peu à l'envers par une scène particulièrement cruelle que je venais de pondre. Il ne s'agit pas de gore (les trippes et le sang ne m'ont jamais particulièrement affectés), mais d'horreur psychologique. Et ça m'a suivi un moment après avoir enregistré le fichier et refermé l'ordinateur. Heureusement, ma blonde et les enfants étaient au parc et quand ils sont revenus une demi-heure plus tard, j'avais retrouvé ma bonne humeur.

Je vais laisser dormir ce texte provisoirement intitulé « Retrouvailles » pendant quelques semaines, mais j'ai déjà une bonne idée de ce que je veux faire dans la deuxième version. Là aussi, j'ignore comment les autres travaillent, mais personnellement je fais des versions successives en réécrivant complètement le texte jusqu'à trouver le ton que je cherche. À ce moment, je ne fais que des retouches à mon texte pour le bonifier. Pour améliorer le style. Pour que les dialogues coulent mieux.

Ça fait drôle de parler d'un texte en court de rédaction, car je sais que personne ne va le lire avant au moins un an (plus probablement deux d'ici à ce qu'il soit publié). Mais j'étais vraiment curieux de savoir si c'était la même chose chez les autres auteurs qui naviguent en eaux troubles. Avez-vous, vous aussi, certaines de vos idées les plus glauques lors de vos plus belles journée?

Je l'ai raconté plusieurs fois, mais j'avais eu l'idée de la nouvelle « Le viol comme d'une solution au mal de vivre », le jour où j'ai appris que ma blonde était enceinte de notre deuxième enfant. Pourtant, c'était une EXCELLENTE nouvelle (je parle de l'annonce de la venue d'un deuxième enfant, pas de mon texte).

6 commentaires:

Gen a dit...

J'aurais tendance à te dire qu'il n'y a pas de mauvais moment pour avoir des bonnes idées... J'ai souvent écrit mes histoires noires quand j'étais dans des passes difficiles de ma vie, mais je me souviens avoir eu des idées de nouvelles assez sombres pendant le superbe mariage (cutissime et ensoleillé) d'un couple d'amis.

Faut croire que notre cerveau compense pour le surplus de lumière! ;)

Par contre, pour la méthode d'écriture, moi je fais un plan (très très) détaillé. Et je jongle avec le ton dans le premier tiers du texte. Quand j'écris un premier jet entier, c'est donc déjà presque ma version finale.

Pierre-Luc Lafrance a dit...

En fait, ce qui est drôle, c'est que dans les passes difficiles, j'ai plus des idées de fantasy beaucoup moins sombre (quoique à part L'homme qui faisait pousser des mots, j'écris rarement des textes très joyeux).

Pierre-Luc Lafrance a dit...

Pour la méthode, je faisais comme toi avant, mais en ce moment, je préfère y aller avec des phases de réécriture, ce que je trouve plus efficace quand je jongle avec de multiples projets dans des genres et des tons différents.

Isabelle Lauzon a dit...

Personnellement, je dirais qu'il y a un certain équilibre qui se fait un peu tout seul là-dedans.

En période sombre, j'ai envie d'écrire des affaires cutes, question de me sortir de mon quotidien.

Quand ça va bien, j'ai envie de m'évader avec du sombre, question de faire changement.

Bref... je pense que certains cerveaux seront toujours à la recherche d'équilibre! lolol

Mais, phénomène étrange : mes lectures influencent beaucoup mon écriture. Incapable de lire du "cute" et d'écrire du noir dans la même période.

Bah, des fois, faut juste pas essayer de comprendre... ;)

Pierre-Luc Lafrance a dit...

Donc, Isabelle, selon toi, je ne serais pas fou... Ou on souffre de la même folie.

Gen a dit...

Lol! Pierre-Luc, si tu es fou, on est une belle gang dans le même cas! :p

Cela dit, je m'aperçois que j'ai des périodes où l'écriture me sert beaucoup de défoulement. Je prends ce que je vis et qui fait mal et je le sublime dans un texte. Je l'aggrave, je le sors de moi... et après ça va mieux.