mardi 30 septembre 2014

Apprentissage du conte

Le vendredi 26 septembre, dans le cadre des Journées de la culture, je présentais un court spectacle de contes au Rah Rah Gallery de Whitehorse. J’ai présenté quatre contes dans le cadre d’un court spectacle d’environ une heure. Il s’agissait d’une première expérience solo pour moi. Bon, comme la programmation des Journées de la culture était très remplie ce soir-là, on n’a pas nécessairement choisi le meilleur soir et il y avait peu de spectateurs, mais ça m’a permis de continuer mes tests et de rôder du nouveau matériel. Mon but serait de lancer un premier spectacle ce printemps, peut-être en même temps que le lancement de mon prochain livre. En ce moment, j’ai six textes de prêts et il m’en manquerait deux autres.

Mon plus grand apprentissage c’est toutefois fait avant le spectacle. Deux ou trois jours avant la présentation, j’ai testé un des contes devant un public captif… mes enfants. Juste pour voir si ça coulait bien à l’oral. Et le résultat a été catastrophique (peut-être pas tant que ça, mais à deux jours d’une représentation, ça a été une petite fin du monde de poche). Quand je transpose une de mes nouvelles en conte, je dois faire un effort de simplification : de la narration, de certaines descriptions et, surtout, des dialogues. Mais, en coupant les dialogues de ce texte, ça ne marchait pas vraiment. Et en les mettant, ça faisait un texte dur à suivre à l’oral.

Heureusement, j’avais d’autres textes sous la manche et je me suis débrouillé.

J’ai présenté L’Art secret de la filature, L’homme qui faisait pousser des mots (que je faisais pour la première fois en public alors que ma douce moitié était présente), Une dernière enjambée (dans une version TRÈS remaniée) et Rêve de course (un inédit).

J’ai réalisé différents trucs lors de la soirée. D’abord, sans surprise, plus je fais un texte souvent, plus je le maîtrise et mieux je le rends. Je suis alors capable de mieux gérer mes effets et, surtout, de mieux gérer mes silences (un art que je découvre sur le tas). En ce sens, L’homme qui faisait pousser des mots, un conte que j’ai fait plusieurs fois et qui a été écrit dès le départ en pensant à l’art oratoire, a été mon meilleur moment de la soirée.

Je me rends compte aussi que si c’est important de connaître son texte, son histoire, il faut éviter le piège d’être prisonnier des mots. Le premier texte, L’Art secret de la filature, a pêché de ce côté. J’avais tellement appris mon texte par cœur, que cela relevait davantage de la récitation que du conte. Je me suis offert plus de liberté avec les autres textes et j’ai pu voir la différence.

Enfin, je continue de consacrer le gros de mes efforts dans l’écriture, mais j’admets que je prends de plus en plus de plaisir à performer en public. Parce que les textes que j’écris en ce moment ne sortiront pas avant un an ou deux. Et je ne serai assurément pas présent quand les lecteurs en prendront connaissance (remarque que pour moi, la pire chose c’est d’être présent quand quelqu’un lit un de mes textes : j’ignore où me mettre, quoi faire, quoi dire, malaise assuré). Et, une des choses que je trouve plus dur dans l’écriture, c’est l’absence de rétroaction (ou plutôt le petit nombre qu’on en reçoit). Avec le conte, j’établis une relation avec les spectateurs, je vois leurs réactions, je peux voir à quel moment mon message passe moins bien, quelle chose je peux améliorer. D’une fois à l’autre, à partir du même texte, je peux m’ajuster, mettre l’accent sur certains points, en expliquer d’autres davantage. Sans compter que d’être sur scène, ça a quelque chose d’exaltant. Toute la nervosité accumulée pendant la journée se transforme pour devenir une décharge d’adrénaline. On peut devenir accro à ça.

Le 14 novembre, je vais vivre une nouvelle expérience : présenter un conte dans le cadre de l'événement collectif Onde de choc au Centre des arts du Yukon. Jusqu'à maintenant, j'ai toujours présenté mes contes dans des salles intimes. Là, ce sera sur scène, devant au moins une centaine de personnes. Bien hâte de voir comment ça va se passer.

2 commentaires:

Gen a dit...

Je comprends totalement que tu aies la piqûre pour le conte. Ma première (et unique à ce jour) expérience en la matière a été magique pour moi aussi. La rétroaction en direct, ça nous manque en tant qu'écrivain.

(Quoique je partage ton malaise quand je vois quelqu'un lire un de mes textes!)

Pierre-Luc Lafrance a dit...

Là, j'admets que j'ai un bon stress pour la prochaine expérience : un conte sur une vraie scène devant 200 personnes. Disons que je réalise un peu plus chaque jour dans quoi je m'embarque.