jeudi 29 mai 2014

Des défis de la forme (très) courte

Dernièrement, j'ai travaillé deux projets de nouvelles brèves (short-short comme disent nos voisins du Sud) de moins de 1000 mots. Même si j'ai eu le deuxième prix du concours Les 1000 mots de l'Ermite en 2010 avec « L'homme qui faisait pousser des mots », ce n'est pas vraiment ma « distance » préférée. Je ne parlerai pas ici des textes comme tel, après tout il risque de se passer un certain temps avant leur publication (si jamais ils paraissent un jour). Je veux plutôt parler de ce format et des défis qu'il amène.

Comme pour la course à pied, je suis plus un gars de demi-fond. Je me sens particulièrement à l'aise dans la longue nouvelle ou la novella (en gros, entre 5 000 et 30 000 mots). J'admire les gens comme Claude Bolduc ou Ariane Gélinas qui sont capables de créer des ambiances en quelques mots grâce à la précision de leur vocabulaire. Je suis moins efficace qu'eux, j'ai besoin d'espace pour arriver à mes fins. À force de petites touches j'arrive à atteindre un résultat (pas toujours exactement celui que je recherchais, mais quand même).

Par contre, l'exercice de la forme très courte à quelque chose de très stimulant. L'idée d'un des textes m'est venue par hasard. Je travaillais sur autre chose quand j'ai eu un flash : une idée qui cadrerait bien en format court. Pourquoi pas pour la prochaine édition des 1000 mots de l'Ermite? (Je rappelle au passage que le concours est ouvert jusqu'au 1er septembre). J'ai écrit un premier jet qui marchait assez bien et qui faisait très exactement 1002 mots. Suffisait de couper deux adverbes et le tour était joué.

Mais en retravaillant le texte, j'ai ajouté des passages… j'ai donc dû couper dans le texte pour rester à 1000 mots. Ça m'a obligé à resserrer le récit, à enlever tout ce qui n'était pas essentiel (dont un personnage qui, au final, n'apportait rien au récit). Ça m'a forcé à revenir à l'essentiel. Et c'est en cela que je considère l'exercice comme étant intéressant.

Ensuite, j'ai amélioré les tournures de phrases, joué avec la façon de présenter les choses jusqu'à obtenir le mot juste, la bonne expression. Au final, j'ai un texte de 998 mots qui rend bien sur papier l'histoire que j'avais en tête avec son ton, son ambiance...

Le texte n'est pas parfait et, honnêtement, je crois qu'il gagnerait à être augmenté (comme ce fut le cas pour « L'homme qui faisait pousser des mots » qui a été republiée dans une version deux fois plus longues que l'original qui me semble plus efficace). Par contre, je crois avoir beaucoup appris en cours d'écriture. Et ça, ça n'a pas de prix.

5 commentaires:

Gen a dit...

Personnellement, j'adore les textes de 1000 mots et moins à cause des explorations stylistiques qu'ils permettent.

Je ne me serais pas vu écrire une pseudo chanson de geste de 5000 mots ou une nouvelle complète narrée au "nous". Mais j'ai fait les deux expériences sous forme de très court texte et ça passait.

À cette longueur (ou courteur, pour citer Pérusse), le lecteur ne se fatigue pas trop de l'effort supplémentaire que la forme lui demande, tandis que l'écrivain ne finit pas complètement sur les rotules, même si chaque phrase lui demande trois fois plus de travail! :p

Mais, comme tu dis, le défi avec les textes de moins de 1000 mots, c'est qu'il faut vraiment aller à l'essentiel.

Pierre-Luc Lafrance a dit...

En effet, c'est un aspect dont je n'avais pas parlé : les possibilités d'exploration stylistique. Je l'ai fait pour un des deux textes. Alors que l'autre est justement une nouvelle à chute plus efficace en forme très courte.

Carl Rocheleau a dit...

J'ai le même problème avec l'ermite. J'arrive toujours à 100? et je me prends à retravailler plutôt qu'à trouver les mots de trop. J'aime l'exercice.

Par contre, je dois avoir que j'ai toujours été un gars de sprint. Une course à fond de train à s'en défoncer les poumons. Et si tu fais un faux pas? Tu tombes en pleine face et tu te paies un exfoliant puissance 1000. L'Aquilon m'a bouffé. Mon mémoire de maîtrise m'a presque tué. Mon plus récent roman (40 000 mots) m'a fait tomber en arrêt de travail. J'ai dû, comme pour un marathon, trouver de nouvelles façons de travailler, d'aborder les textes, l'intrigue, les personnages, etc. Mes deux prochains livres ont 40 000 et 60 000 mots, et je vais bien pour l'instant. Faut croire que c'est une question de persévérance.

Ceci dit, ta comparaison est très intéressante. Bien hâte de te lire à nouveau...

Gen a dit...

@Carl : Ouch, c'est raide ce que ça te fais les longs projets.

Remarque, pour les trucs de longue haleine, je triche : je les découpe en chapitres courts et je traite chacun presque comme une nouvelle.

Hanaken, ce n'est pas un roman de 50 000 mots, c'est 30 nouvelles de 1500 mots chacune! ;)

Pierre-Luc Lafrance a dit...

Moi aussi je déconstruit les plus longs projets en plusieurs petits objectifs, car sinon j'ai tendance à pogner le vertige et, dans ces moments-là, je fige et ça ne donne rien de bon. Je fais la même chose avec les (trop) nombreux projets. J'essaie de travailler seulement sur celui en chantier et je ne vois pas plus loin que le suivant.