jeudi 29 août 2013

Prochain objectif : Boston

J’en ai déjà parlé ici : il y a un an, je me suis lancé un défi, celui de courir le demi-marathon lors du Marathon des Deux Rives présenté à Québec en 2013. À ce moment-là, j’étais en mauvaise forme physique et je pesais 225 livres (un nouveau sommet dans mon cas). Personne ne m’a pris au sérieux et j’admets que moi-même je doutais d’y parvenir.

Quand j’ai commencé à courir (ou que j’ai essayé de le faire), je peinais à faire deux kilomètres sans arrêter. Et je ne parle même pas de performance. Assez rapidement, je me suis blessé et j’ai mis le projet en veilleuse. J’ai ensuite recommencé à faire du sport : soccer, frisbee ultimate et un peu de course. Mais les résultats tardaient à se faire sentir.

Puis en janvier, je me suis mis au vélo stationnaire en plus de continuer le frisbee et le soccer. À cela, j’ai ajouté un aspect nutritionnel en commençant à compter mes calories. Je me suis limité à 2400 calories par jour et les deux seuls gros changements furent d’éliminer la plupart des breuvages que je consommais (je prenais beaucoup de jus que j’ai remplacé par de l’eau) et de limiter les desserts et autres sucreries.

Et les résultats furent étonnants. Au début mars, quand j’ai commencé à courir à l’extérieur, je pesais moins de 200 livres pour la première fois en dix ans. Et la course a été pas mal plus facile qu’à l’automne. Bien vite, j’ai été capable de courir 5 km sans prendre de pause. Et j’ai augmenté graduellement la distance jusqu’à faire facilement un 10 km.

Je n’y prenais pas encore de plaisir, sinon la satisfaction, une fois l’exercice terminé, de voir ma progression. Et celle de perdre du poids. Je pèse actuellement 185 livres et ce poids se maintient depuis quelques mois, alors que j’ai cessé de faire attention à mes calories.

Au mois de mai, j’ai commencé les compétitions officielles. Et les résultats furent au-delà de mes espérances. Au départ, je visais 25 minutes pour un 5 km et 50 minutes pour un 10 km. Mes meilleurs temps s’établissent à 21 minutes 40 au 5 km et 43 minutes 10 pour le 10 km. Je suis convaincu que cet automne je pourrai flirter avec le 20 minutes au 5 km. Un aspect compétitif s’est donc ajouté à la course. En plus du plaisir que je commence à ressentir PENDANT l’exercice. Ce que j’aime de la course c’est que je ne suis pas en compétition avec les autres coureurs, mais avec moi-même.

Mais plus le marathon approchait, plus j’avais peur. Je n’avais couru le 21,1 km qu’une seule fois en pratique et ça n’avait pas été un grand succès. La veille de la course, j’avais donc décidé de me coucher tôt et de dormir chez ma mère (elle est à 15 minutes du départ contrairement à ma maison qui est à 45 minutes… c’est 30 minutes de sommeil de plus…).

Je suis partie vers chez elle un peu plus tard que prévu, mais ce n’était pas si grave. 10 minutes après mon départ, j’ai dû revenir à la maison : j’avais oublié mon iPhone, donc ma musique pendant la course. Finalement arrivé chez ma mère plus d’une heure après l’heure prévue, je me suis rendu compte que je n’avais pas mon numéro de coureur. Retour à la case départ. Et j’ai décidé de demeurer à la maison. Il était presque minuit quand je me suis couché et je devais me lever vers 5 heures.

Après une mauvaise nuit, j’ai déjeuné, pris ma douche et préparé mes choses. Je n’ai fait qu’un oubli, mineur : je n’ai pas mis de ruban adhésif sur mes mamelons… et j’ai payé pour, mais il y a pire dans la vie.

Sur le site, tout s’est bien passé, j’ai facilement trouvé un stationnement pas trop loin de l’arrivée et j’ai pris la navette jusqu’au départ à Saint-Romuald. Petit mot en passant sur l’organisation, les bénévoles et les services aux coureurs sont impeccables pour rendre cet événement inoubliable. Avant le départ, je suis allé trois fois aux toilettes en moins d’une demi-heure. Puis, le départ a été lancé. Je visais un temps de 1 heure 50 (quoique je voulais surtout finir la course). J’ai rapidement repéré les lapins de 1 heure 45. Pour ceux qui ne sont pas familiers avec le concept, ce sont des coureurs expérimentés qui font le parcours à une vitesse précise (dans le cas présent 1 heure 45). Ils sont faciles à identifier : ils portent des oreilles de lapin et un bâton avec leur temps.

J’ai détesté le départ groupé avec plus de 4500 coureurs. On peine à avancer, on est sans cesse ralenti par les autres, ça joue du coude. Je me sentais presque claustrophobe tant les mouvements étaient limités. Et c’est comme ça pendant plus de deux km avant que le peloton ne s’étende vraiment. Après le premier km, on a droit à une première épreuve, une côte qui nous mène de la rive du fleuve jusqu’au pont de Québec. Dans mon cas, ça a bien été. Chez nous à Saint-Elzéar, il y a de la côte en masse, alors je suis habitué de monter. J’ai pris ma vitesse de croisière sur le pont où j’ai laissé les lapins derrière moi. J’ai terminé mon premier 10 km en 47 minutes. Les jambes étaient bonnes. Je me sentais prêt à continuer. 11e, 12e, 13e, 14e km, tout va bien. À part une envie de pisser qui se fait de plus en plus pressante. Je la ressentais depuis le 3e km, mais je croyais que ce n’était que de la nervosité. Après tout, je m’étais soulagé trois fois avant la course… dont une dans le bois à deux minutes du départ.

15e km… non, ce n’est pas de la nervosité. 16e km, je dois absolument arrêter. C’est dommage, car à ce moment, je suis dans un excellent rythme pour terminer avec un temps entre 1 h 36 et 1 h 38. Surtout que les jambes sont encore bonnes. Mais il faut ce qu’il faut. Je fais un pit-stop rapide, mais je perds quand même 2 minutes. Et c’est là que les problèmes commencent. Je suis incapable de repartir la machine. Mes jambes ont un peu trop apprécié le repos. 

Chaque pas est pénible. Je maintenais sans peine une vitesse moyenne de 4 minutes 30 du km entre le 11e et le 16e km. À partir de là, je peine à mettre un pas devant l’autre. Je cours deux minutes, en marche une. Les gens me dépassent tout bord, tout côté. Je commence à comprendre la détresse psychologique du coureur dont les livres parlent, mais que je n’avais jamais vécu. Là, je n’ai aucun plaisir à courir. De plus, je suis un coureur plus efficace sous la pluie et/ou quand il fait froid. Et la température monte de plus en plus. Et sur la rive-nord, on court sur la promenade Samuel-de-Champlain. Pas d’ombre et le soleil tape dur, malgré l’eau qu’on nous sert aux deux km et les bouteilles que je traîne avec moi. 

J’ai eu un petit sursaut d’énergie à un peu plus d’un km de la fin (j’ai couru un 800 mètres avec un rythme de 4 minutes 10 du km), mais je manque de jambes pour me rendre jusqu’à l’arrivée. Je marche quelques mètres avant de trottiner les 200 derniers mètres. 

Malgré tout, mon temps est au-delà de mes attentes initiales : 1 h 43 minutes et 3 secondes. Mais je ne peux m’empêcher de croire que je n’ai pas fait la course que j’aurais dû avoir.

Et là, je réalise que ma voiture, pas trop loin de l’arrivée, est en fait à trois km. Je l’avais fait au jogging le matin pour me réchauffer en profitant du moment. Là, je dois me traîner jusqu’à ma voiture. Péniblement. 

C’est long trois km de marche quand on vient de s’en taper plus de 21 à la course. Dans la voiture, j’enlève mes vêtements détrempés et je me rends chez ma mère prendre un long bain chaud. 

Et là, je réalise ce que je viens de réaliser. Un an plus tôt, je peinais à faire 2 km de course et je viens de terminer un demi-marathon au 656e rang sur 4431 coureurs. Et je me plains de ne pas avoir pu gagner quelques minutes qui m’auraient permis de terminer au 300e rang environ. Je repense à ma course avec beaucoup plus de fierté. C’est un exploit que je viens de réaliser. Un exploit personnel. Un défi qui vient couronner des mois de travail.

Et je ne veux pas m’arrêter là. Je veux me qualifier pour le marathon de Boston d’ici deux ou trois ans. Un défi de taille, mais si j’ai pu courir un demi-marathon après quelques mois d’entraînement, sans programme précis et sans entraîneur, je suis convaincu que je peux réaliser cet autre défi en m’en donnant les moyens.

Après avoir pris un LONG bain et m’être nourri convenablement, ma blonde m’a dit qu’il manquait un gars dans son équipe de frisbee pour l’après-midi. C’était le tournoi de fin de saison et il restait trois matchs. Je lui ai dit que j’essaierais, mais que je ne garantissais rien. À ma grande surprise, les jambes ont tenu le coup. Bon, j’ai été moyen, mais c’est plus à cause de la qualité de mes tirs que de mes jambes. Au contraire, dans le dernier match, j’ai joué les cinq derniers points sans faire de pause. Et j’aurais pu continuer.

Le lendemain et le surlendemain, j’ai payé pour (j’ai JAMAIS été racké comme ça). Après tout, j’ai beau être en forme, je ne suis pas une machine.

Il me reste encore trois courses au moins cet automne (deux 10 km et un 5 km), mais je pense ajouter un autre demi-marathon en octobre. Peut-être à Bécancour pour voir mon ami Mathieu Fortin en même temps. Ça reste à déterminer. Cela me fera une dizaine de courses depuis le mois de mai (j’en ai 8 jusqu’à maintenant : trois 5 km, quatre 10 km et le demi-marathon).

Je ne pensais jamais dire cela, mais je commence à avoir du plaisir PENDANT que je cours… Comme bien des coureurs, j'ai commencé pour perdre du poids et me mettre en forme et je continue par désir de performance et pour le simple plaisir de courir.

4 commentaires:

Gen a dit...

C'est une belle histoire que la tienne en tout cas! :)

Pour le rackage du lendemain, j'ai découvert un truc bizarre : faire quatre ou cinq "salutations au soleil" de yoga en se levant le matin. Cette série de mouvements semble faire circuler le sang très efficacement, en plus d'étirer à nouveau en douceur tous les muscles. C'est pas miraculeux, mais ça évite les surlendemains pénibles.

Caro a dit...

Inspirant!

Pierre-Luc Lafrance a dit...

@Gen : Prochaine fois que l'on va se voir, faudra que tu me montres comment faire les salutations au soleil... Remarque que c'est vraiment parce que j'ai abusé en jouant au frisbee en après-midi que j'ai été aussi racké. D'habitude, après une course, je suis top shape le lendemain ou presque. Là, ça m'a pris trois ou quatre jours avant de reprendre l'entrainement.

Gen a dit...

@Pierre-Luc : Je suis sûre que tu peux trouver un vidéo sur Youtube au pire! ;) C'est pas des mouvements compliqués.

C'est sûr qu'avoir ajouté le frisbee à la course, ça n'a pas dû aider! ;) Les salutations au soleil, c'est justement l'exercice parfait pour le jour où tu penses que tu vas mourir en attachant tes lacets! ;)