Presque deux mois après le premier article de cette série sur l'art de se vendre, voici la deuxième partie. Pour ceux qui n'ont pas encore lu le premier volet sur les médias traditionnels, on peut faire du rattrapage ici.
Ah! L’art de la vente directe avec les lecteurs potentiels. C’est un des meilleurs et des pires moyens de se vendre. La grande qualité, c’est que cela permet de créer un lien direct avec le lecteur, ce qui rejoint l’idée générale développée dans l’article précédent qui veut qu’on vende un auteur plus encore qu’un livre. Toutefois, c’est un des pires moyens de se vendre en ce sens qu’on ne touche qu’un lecteur à la fois et que, soyons francs, à moins d’être déjà connu, ça peut être très dur pour l’ego de voir les gens se présenter au compte-gouttes.
Pour commencer, quels sont les endroits où on peut présenter nos livres? Il y a les classiques : participer à un salon du livre ou des congrès, faire des séances de signature dans une librairie. On peut aussi créer un événement : organiser un lancement, faire une conférence ou une rencontre en bibliothèque ou dans une école ou, mieux encore, trouver une autre façon de faire les choses. Par exemple, cette année, j’ai participé à un marché de Noël et ça a plutôt bien marché. Par contre, quand on essaie des choses comme ça, le risque de se planter est bien réel (je me souviens d’un moment où nous étions trois auteurs dans un centre d’achat à notre table de livre et qu’à nous trois, nous avions vendu un total de… quatre livres en plus de six heures, dont au moins deux livres à un des auteurs présents).
Quelques informations générales :
En littérature jeunesse, le concept de rencontres scolaires est quand même bien installé. Ça vaut la peine de le faire 1) parce que la plupart du temps s’est payant et 2) parce que cela permet de se faire connaître. L’idéal, c’est de faire ce type de rencontres dans une région, juste avant un salon du livre (où il faut bien sûr être présent).
Pour les Salons du livre, plus le salon est gros, plus le petit auteur peu connu va être perdu dans la masse. Est-ce que ça veut dire qu’il ne faut pas y aller ou qu’il faut se limiter aux salons régionaux? Pas du tout. Ça veut dire qu’il faut trouver des façons de se démarquer. L’un des exemples marquants était Anne Robillard avec ses Chevaliers d’Émeraude. L’auteure était déguisée et il y avait des personnages autour d’elle. Est-ce dire qu’il faut se déguiser avant d’aller à sa séance de signature? Non. Mais ça vaut la peine de trouver sa façon de faire pour attirer l’attention : que ce soit par des objets promotionnels, une décoration particulière, etc. Le but c’est d’attirer l’attention sur soi. Attention ici à ne pas vous ruiner avec des objets promotionnels coûteux, vous ne rentrerez pas dans votre argent. Par contre, un visuel attrayant peut apporter des dividendes (et pourra resservir dans un autre événement). Un travail de promotion en amont peut aussi être payant (que ce soit avec des rencontres scolaires, des relations de presse ou les médias sociaux) afin qu’il y ait des gens qui aient le goût de vous rencontrer avant le salon.
Par contre, peu importe où (salon, librairie, autre événement), attirer l’attention des gens n’est que la première étape. Il faut ensuite se vendre. Et pour ça, je ne saurais trop conseiller aux gens d’avoir leur pitch de vente. Et entendons-nous bien, je ne parle pas de vendre le livre, mais de vous vendre. Vous n’êtes pas à l’aise de vous vanter ou de vanter vos livres (je comprends cela), trouvez tout de même une façon d’aborder le lecteur potentiel qui est devant vous. Une bonne façon, c’est de s’intéresser à lui (par exemple, en lui demandant quel type de livres il aime ou s’il connaît la collection, la maison d’édition, etc.) Aussi, il est essentiel d’être capable de résumer votre livre de façon intéressante. Et c’est con, mais ça demande une préparation. Y’a rien de pire qu’un auteur qui se fait demander de quoi parle son livre et qui se met à bredouiller comme s’il ignorait de quoi traitait le bouquin. Souvent, quand on raconte l’histoire à quelqu’un, ça attire d’autres personnes. D’ailleurs, il y a un principe un peu idiot, mais pourtant vrai : plus il y a de gens à une table, plus les autres ont envie d’aller voir ce qui s’y trouve.
Autre petit truc : je me suis rendu compte que les gens aiment voir clairement le prix du livre (ce qui vaut la peine particulièrement quand le livre n’est pas trop cher), car les gens sont souvent gênés de le demander. Pour le cas de certains livres à prix modique, cela devient même un argument de vente.
Un des dangers de ce type de rencontre, c’est de devenir obsédé par la vente. Au risque de briser des illusions, je vous le dis tout net : vous ne vendrez pas des centaines de livres lors d’une séance de dédicaces (et si ça arrive, bravo, vous n’avez assurément pas besoin de mes conseils.) Pour le commun des mortels, regarder le temps passer derrière une table de dédicace de façon pécuniaire peut devenir vraiment pénible. Il faut voir ça comme une occasion de rencontrer ses lecteurs, de présenter ses œuvres. Parfois, les lecteurs il faut aller les chercher un à la fois. Cela dit, il ne faut pas chercher à vendre à tout prix. Des comportements agressifs, comme d’aller haranguer les gens qui circulent, disons que ça nuit plus que ça aide à vendre l’auteur. Il faut trouver le bon équilibre entre l’ouverture, voir l’enthousiasme, pour parler avec un lecteur potentiel qui approche de votre kiosque et le harcèlement des gens qui circulent dans le secteur.
Le plus grand danger, ce sont nos attentes. Il faut demeurer réaliste… et aussi mettre les chances de notre côté pour bien réussir : est-ce que vos livres sont mis en valeur? (Par là, j’entends qu’il faut que quelqu’un puisse voir la couverture de loin, car il s’agit d’un des premiers éléments qui peut intéresser le lecteur potentiel.) Est-ce que vous avez pensé à un ou des éléments pour attirer l’attention? Avez-vous des objets promotionnels? Êtes-vous capable de parler de vos livres de façon intéressante? Et, surtout, êtes-vous disponible? Parce qu’il n’y a rien de pire qu’un auteur qui est en train de lire un livre ou qui semble ailleurs. Oui, je sais, ça peut être long et ennuyant une séance de dédicaces, mais en vous refermant sur vous-même, cela sera assurément non-productif. Alors, mettez-vous un sourire sur le visage et soyez prêt pour le prochain lecteur potentiel. Sans compter que c’est une des rares occasions où on peut discuter directement avec le lecteur, c’est quelque chose de précieux et vous ne devriez pas vous en priver. Voyez ça comme une mini étude de marché…
Autre intérêt de ce type d’événement : se faire connaître par d’autres personnes du milieu : éditeur, auteur, libraire, distributeur, etc.. Cela a rarement un impact direct, mais de beaux projets peuvent naître de cela. Et je peux vous dire qu’un libraire ou un distributeur qui commence à croire en un auteur peut avoir un impact significatif sur le reste de sa carrière.
Petite note sur les lancements de livre. Je suis désolé de vous l’annoncer, mais c’est souvent un des exercices les plus ennuyeux dans le monde littéraire. Des petits canapés, une courte allocution de l’auteur et une séance de signature. Pourquoi ne pas en faire un événement? Par exemple, pour le lancement d’un de mes livres, j’avais adapté le début du livre sous forme de pièce de théâtre avec une troupe d’acteurs. Cela permettait de donner le ton du roman de façon amusante. Il y a bien sûr de multiples autres façons de faire. À vous de trouver.
Tiens, tant qu’à être dans les petites notes, un mot sur les séances de signature en librairie. Disons que c’est une activité qui forge le caractère. Ce n’est pas parce que vous êtes dans une librairie et que les gens qui sont dans la place veulent acheter un livre qu’ils s’intéressent à votre livre. Ça vaut la peine de choisir un endroit qui convient à votre type d’écriture. Mais c’est une façon de connecter avec de nouveaux lecteurs et de forger un lien avec des libraires. Mais ayez des attentes réalistes : vendre une poignée de livres est déjà excellent.
Les grands principes à retenir :
1) Essayer d’attirer l’attention
2) Quand un lecteur potentiel vient vous voir, donnez-lui de l’importance. Rappelez-vous que vous n’êtes pas là pour lui vendre un livre, mais pour vous vendre. Prenez le temps de parler avec lui, mais, surtout, de l’écouter. Et soyez capable de parler de votre livre convenablement.
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samedi 27 décembre 2014
vendredi 7 novembre 2014
Savoir se vendre (par les médias traditionnels)
Pour moi, la différence entre quelqu'un qui écrit et un écrivain vient de l'approche professionnelle du métier mis de l'avant par le deuxième. Les deux vont écrire des histoires, mais le travail de l'écrivain va bien au-delà. Et, dans les aspects autres que l'écriture, il y a l'aspect promotion. Oui, ça fait partie des tâches de l'éditeur, mais ça revient aussi à l'auteur, car, dans l'absolu, il a tout à gagner à se faire connaître et à vendre des livres. Je vais donner ici certains trucs pour ce qui est des médias traditionnels : je reviendrai aux médias sociaux une autre fois, car c'est un tout autre sujet, bien que le point central reste le même : il faut savoir se vendre).
Je sais que quand vient la question de la vente de livre, il y a toujours des grincements de dents. Les gens du milieu détestent que l'on perçoive le livre comme une boîte de céréales. Et je suis d'accord, le livre n'est pas qu'un produit ou un bien de consommation… mais c'est aussi ça.
Et s'il y a une chose que j'ai remarquée au cours des années, c'est que les gens n'achètent pas des livres, ils achètent des auteurs. On a acheté le dernier Senécal, le dernier Tremblay, le dernier Pelletier. En littérature jeunesse, c'est un peu différent, les lecteurs vont souvent suivre une collection, un personnage ou un univers. Pour cette raison, mon propos ici touchera davantage à la littérature pour adultes.
Pour les médias aussi, l'auteur a souvent plus d'importance que l'œuvre (à moins qu'il ne s'agisse d'un livre qui a DÉJÀ du succès, ce qui serait le cas pour un livre étranger en traduction par exemple ou d'un sujet particulièrement percutant). Envoyer un communiqué de presse aux médias pour dire que vous venez de publier, c'est un peu comme un coup d'épée dans l'eau. Oui votre livre est merveilleux, oui vous avez travaillé fort… comme la centaine d'autres auteurs qui ont publié un livre dans la dernière année (et je ne parle que du marché québécois ici). Comme journaliste, des communiqués comme ça, j'en reçois toutes les semaines. Ce qui intéresse les médias n'est pas tant le livre que celui qui l'a écrit. Alors, posez-vous la question suivante : qu'avez-vous fait de particulier? Qu'est-ce qui vous distingue? Vous rend différent? Et non, malheureusement, avoir publié un ou plusieurs livres n'est pas une réponse pertinente. Cela rejoint la question du storytelling si populaire en ce moment chez les spécialistes des médias sociaux (et, contrairement à bien des sujets à la mode, si pertinent). Mais j'y reviendrai (ou non) lorsque je traiterai de cet aspect des communications.
Là, revenons aux médias traditionnels. Première étape : envoyez un communiqué écrit à la façon d'un article qui met de l'avant les spécificités déterminées plus tôt. Pourquoi écrire le communiqué à la façon d'un article de journal? Parce que dans plusieurs cas, si le communiqué a un aspect professionnel, il risque d'être repris tel quel. Je sais que c'est poche, mais c'est de plus en plus les réalités des médias avec les portails en ligne qu'il faut nourrir continuellement comme une bête. Écrire comme un article, c'est
Vous avez envoyé votre communiqué qui met en valeur un aspect passionnant de votre personne et le recherchiste ou le journaliste vous recontacte : vous avez réussi à capter son attention et il vous veut en entrevue. Vous avez alors une autre mission : rendre votre rencontre inoubliable. Bon j'y vais peut-être un peu fort, mais disons qu'il faut rendre à tout le moins votre rencontre agréable. Voyez cette entrevue comme un blind date. C'est votre chance de vous vendre, de faire valoir les bons aspects de votre personnalité. Et pour ça, je vous conseille d'être préparé. Oui, certaines personnes ont plus de charisme, certaines ont plus d'aisance pour s'exprimer, mais cela n'empêche pas que tout le monde doit essayer de paraître du mieux qu'il le peut. Un journaliste qui a eu une bonne expérience avec vous va 1) écrire un article qui risque d'être plus vendeur et 2) vouloir vous reparler lorsque vous aurez une nouvelle actualité.
Alors que faire avant l'entrevue? Préparez deux ou trois messages-clés que vous voulez partager et arrangez-vous pour les ploguer. Oui, idéalement, il faudrait être drôle, amusant, pertinent, etc. Mais rendu là, chacun doit y aller avec sa personnalité et il n'y a pas de recette magique. Toutefois, l'idée des messages-clés s'applique à tous. Que voulez-vous que les gens retiennent s'ils vous entendent à la radio? Quel élément voulez-vous être sûr que le journaliste prenne en note si c'est un article écrit? Je n'irai pas jusqu'à conseiller de ne pas écouter les questions de l'animateur pour imposer vos messages (ce qu'un écrivain québécois de renommée internationale ne se gêne pas pour faire), parce qu'une certaine écoute est de mise. Mais ne perdez pas de vue votre plan de match. Cela dit, si votre personnage public est arrogant, prétentieux, allez-y avec le manque d'écoute, mais allez-y à fond. Soyez dérangeant, provocant, mais arrangez-vous pour donner un show. Mais il faut que ça marche avec votre personnalité et que vous soyez prêts à vivre avec la controverse. Et, en cas d'échec, soyez assuré que vous ne serez jamais réinvité. Je ne conseillerai jamais à personne de faire ça, mais cela réussit à certains qui ont naturellement ce côté frondeur.
Là j'en vois certains sourciller : personnage public. Eh oui, quand on fait une activité de promotion, on n'est pas tout à fait soi-même. On joue un rôle. Ce personnage public peut être très près de notre personnalité réelle (ou du moins de la personnalité qu'on croit avoir, ce qui n'est pas toujours la même chose) ou au contraire diamétralement opposée. J'entends d'ici le commentaire : « Non, moi j'essaie de demeurer moi-même! » C'est une pensée agréable, mais dans les faits, personne n'est authentique en tout temps. Pour revenir à l'exemple du blind date ou du premier rendez-vous, on va s'arranger, s'assurer de paraître sous notre meilleur jour. C'est exactement de la même chose qu'il s'agit ici. Bien sûr, si le personnage colle à votre personnalité, il n'en sera que plus réaliste et plus facile à tenir. Mais d'autres, au contraire, vont apprécier l'idée de se cacher derrière une personnalité différente qui leur permet de se protéger. À vous de voir quel est votre style. De toute façon, on en revient toujours à un jeu de séduction : séduire le journaliste et, à travers lui, des lecteurs potentiels.
Est-ce que les médias ont une si grande influence? Oui et non. Il n'y a pas un article ou une émission de télévision qui va tout changer. Oui, après un passage à Tout le monde en parle, on note souvent un effet immédiat sur les ventes, par contre il ne faut pas oublier une chose : les invités de Tout le monde en parle sont déjà quelqu'un AVANT leur passage à l'émission. Ce qui va entraîner une influence, c'est la répétition. En publicité, on dit souvent que le client doit être exposé sept fois à une campagne pour qu'elle soit efficace. C'est la même chose en relations publiques.
Pour se vendre, il faut que les gens nous voient et nous entendent plusieurs fois. Un des meilleurs exemples au Québec en littérature de l'imaginaire est Patrick Senécal. Oui, il y a eu les projets de films. Oui, ces livres sont solides. Mais ramenons-nous à l'époque précédant la sortie du film Sur le seuil. À la même période, Joël Champetier avait aussi un projet de film, La peau blanche. Les deux auteurs étaient assez peu connus du grand public avant les projets de films. En ce qui me concerne, ce sont deux auteurs importants dans le domaine de l’imaginaire. Même que deux de mes romans d’horreur préférés (pratiquement sur un pied d’égalité) sont Sur le seuil de Senécal et La mémoire du lac de Champetier.
Les ventes de Senécal ont explosé, pas celle de Champetier. Ce serait simpliste de ramener tout ça au charisme de Senécal et à sa capacité de se vendre, mais il s'agit assurément d'un élément de réponse. Parmi les autres éléments, un des plus importants à mon sens est le fait que Senécal avait un créneau précis qui permettait aux lecteurs de le suivre d'une œuvre à l'autre alors que Chapetier s'est éparpillé dans plusieurs genres (horreur, fantasy, science-fiction). Sur le plan créatif, je comprends totalement ce choix, mais cela a un effet sur les ventes, car c'est déroutant pour le fan moyen qui ne peut être sûr de retrouver ce qu'il veut d'un livre à l'autre. Quelqu'un qui a aimé Sur le seuil a de fortes chances d'aimer les autres titres de l'auteur. Mais quelqu'un qui a aimé La peau blanche, n'aimera pas nécessairement La taupe et le dragon, un roman de science-fiction du même auteur ou ses romans de fantasy.
Bien sûr, ces deux aspects n’expliquent pas tout. Il y a d’autres éléments, intangibles dans plusieurs cas (le choix de la couverture, le fait qu’une ou plusieurs personnes croient suffisamment en un livre pour en devenir les porte-paroles et le vendre à leur tour, un élément chance ou hasard), mais comme l’auteur a peu de contrôle là-dessus je ne vois pas l’intérêt de m’y intéresser plus avant.
La personnalité de Senécal lui a permis de devenir un interlocuteur de choix pour les médias, alors que Joël Champetier n'a pas brillé autant dans l'aspect promotion du métier d'écrivain (cela dit, il n’est pas particulièrement mauvais, j’ai seulement choisi cet exemple parce que je le connais, mais aussi parce qu’ils partagent des points communs – un même éditeur, un projet de film presque au même moment). Et cet élément est complètement indépendant des qualités réelles des œuvres des deux auteurs. Je suis persuadé que la plupart des lecteurs de Senécal adoreraient La mémoire du lac, La peau blanche et L'aile du papillon. Mais je peux vous dire que même au début de ses succès, quand un journaliste recevait Patrick Senécal, il en avait pour son argent et souhaitait le recevoir à nouveau. Est-ce qu'il avait une stratégie et des messages-clés? Je l'ignore et en toute honnêteté je ne serais pas surpris que la réponse soit non. Mais on parle d'un naturel. Si c'est votre cas aussi, tant mieux pour vous. Sinon, avoir quelques messages-clés, ce n'est jamais mauvais. Et ça permet de diminuer les chances de lire un article où on a l'impression que le journaliste n'a rien compris de notre propos.
Attention, je ne dis pas qu'un mauvais auteur peut connaître le succès juste par une bonne campagne de promotion (en fait, il peut le faire sur un livre, mais pas sur une carrière), mais il ne faut jamais oublier que les gens achètent d'abord l'auteur, ensuite le livre. Alors, vendez-vous que diable!
Je me rends compte que je me suis emballé et j'ai écrit un texte beaucoup trop long pas du tout formaté à l'univers virtuel. Mais bon, comme ça touche les deux éléments de ma vie professionnelle (les communications et l'écriture)…
Cela dit, si ça vous intéresse, je pourrai revenir sur ce sujet en partageant mes réflexions sur l'art de se vendre par les médias sociaux, mais aussi par le marketing direct. Ceux qui ne peuvent attendre jusque-là peuvent lire M.I.A. Le blogue qui traite de l’art de se vendre dans les médias sociaux dans plusieurs billets récents.
Je sais que quand vient la question de la vente de livre, il y a toujours des grincements de dents. Les gens du milieu détestent que l'on perçoive le livre comme une boîte de céréales. Et je suis d'accord, le livre n'est pas qu'un produit ou un bien de consommation… mais c'est aussi ça.
Et s'il y a une chose que j'ai remarquée au cours des années, c'est que les gens n'achètent pas des livres, ils achètent des auteurs. On a acheté le dernier Senécal, le dernier Tremblay, le dernier Pelletier. En littérature jeunesse, c'est un peu différent, les lecteurs vont souvent suivre une collection, un personnage ou un univers. Pour cette raison, mon propos ici touchera davantage à la littérature pour adultes.
Pour les médias aussi, l'auteur a souvent plus d'importance que l'œuvre (à moins qu'il ne s'agisse d'un livre qui a DÉJÀ du succès, ce qui serait le cas pour un livre étranger en traduction par exemple ou d'un sujet particulièrement percutant). Envoyer un communiqué de presse aux médias pour dire que vous venez de publier, c'est un peu comme un coup d'épée dans l'eau. Oui votre livre est merveilleux, oui vous avez travaillé fort… comme la centaine d'autres auteurs qui ont publié un livre dans la dernière année (et je ne parle que du marché québécois ici). Comme journaliste, des communiqués comme ça, j'en reçois toutes les semaines. Ce qui intéresse les médias n'est pas tant le livre que celui qui l'a écrit. Alors, posez-vous la question suivante : qu'avez-vous fait de particulier? Qu'est-ce qui vous distingue? Vous rend différent? Et non, malheureusement, avoir publié un ou plusieurs livres n'est pas une réponse pertinente. Cela rejoint la question du storytelling si populaire en ce moment chez les spécialistes des médias sociaux (et, contrairement à bien des sujets à la mode, si pertinent). Mais j'y reviendrai (ou non) lorsque je traiterai de cet aspect des communications.
Là, revenons aux médias traditionnels. Première étape : envoyez un communiqué écrit à la façon d'un article qui met de l'avant les spécificités déterminées plus tôt. Pourquoi écrire le communiqué à la façon d'un article de journal? Parce que dans plusieurs cas, si le communiqué a un aspect professionnel, il risque d'être repris tel quel. Je sais que c'est poche, mais c'est de plus en plus les réalités des médias avec les portails en ligne qu'il faut nourrir continuellement comme une bête. Écrire comme un article, c'est
- Garder un point de vue neutre
- Répondre dès l'amorce aux questions-clés (qui, quand, quoi, pourquoi... le comment pourra venir ensuite)
- Ne pas oublier dès l'amorce du texte de ploguer le caractère spécifique de l'auteur ou de l'oeuvre qui permet de se démarquer et d'attirer l'attention (exemple : votre livre parle de la traite des femmes au Canada et vous avez fait une recherche approfondie sur le sujet et vous avez eu le bon sens d'envoyer le communiqué aux médias lors du Mois de l'histoire des femmes en démontrant bien l'intérêt du sujet et en vous posant comme interlocuteur de premier choix)
- Ensuite on peut parler du livre, résumé l'histoire, etc.
- Vos coordonnées si jamais le journaliste veut procéder à une entrevue
- Du visuel. Eh oui, si vous fournissez une bonne photo (en haute résolution) et la couverture de votre livre, vous augmentez de beaucoup vos chances qu'on parle de vous.
Vous avez envoyé votre communiqué qui met en valeur un aspect passionnant de votre personne et le recherchiste ou le journaliste vous recontacte : vous avez réussi à capter son attention et il vous veut en entrevue. Vous avez alors une autre mission : rendre votre rencontre inoubliable. Bon j'y vais peut-être un peu fort, mais disons qu'il faut rendre à tout le moins votre rencontre agréable. Voyez cette entrevue comme un blind date. C'est votre chance de vous vendre, de faire valoir les bons aspects de votre personnalité. Et pour ça, je vous conseille d'être préparé. Oui, certaines personnes ont plus de charisme, certaines ont plus d'aisance pour s'exprimer, mais cela n'empêche pas que tout le monde doit essayer de paraître du mieux qu'il le peut. Un journaliste qui a eu une bonne expérience avec vous va 1) écrire un article qui risque d'être plus vendeur et 2) vouloir vous reparler lorsque vous aurez une nouvelle actualité.
Alors que faire avant l'entrevue? Préparez deux ou trois messages-clés que vous voulez partager et arrangez-vous pour les ploguer. Oui, idéalement, il faudrait être drôle, amusant, pertinent, etc. Mais rendu là, chacun doit y aller avec sa personnalité et il n'y a pas de recette magique. Toutefois, l'idée des messages-clés s'applique à tous. Que voulez-vous que les gens retiennent s'ils vous entendent à la radio? Quel élément voulez-vous être sûr que le journaliste prenne en note si c'est un article écrit? Je n'irai pas jusqu'à conseiller de ne pas écouter les questions de l'animateur pour imposer vos messages (ce qu'un écrivain québécois de renommée internationale ne se gêne pas pour faire), parce qu'une certaine écoute est de mise. Mais ne perdez pas de vue votre plan de match. Cela dit, si votre personnage public est arrogant, prétentieux, allez-y avec le manque d'écoute, mais allez-y à fond. Soyez dérangeant, provocant, mais arrangez-vous pour donner un show. Mais il faut que ça marche avec votre personnalité et que vous soyez prêts à vivre avec la controverse. Et, en cas d'échec, soyez assuré que vous ne serez jamais réinvité. Je ne conseillerai jamais à personne de faire ça, mais cela réussit à certains qui ont naturellement ce côté frondeur.
Là j'en vois certains sourciller : personnage public. Eh oui, quand on fait une activité de promotion, on n'est pas tout à fait soi-même. On joue un rôle. Ce personnage public peut être très près de notre personnalité réelle (ou du moins de la personnalité qu'on croit avoir, ce qui n'est pas toujours la même chose) ou au contraire diamétralement opposée. J'entends d'ici le commentaire : « Non, moi j'essaie de demeurer moi-même! » C'est une pensée agréable, mais dans les faits, personne n'est authentique en tout temps. Pour revenir à l'exemple du blind date ou du premier rendez-vous, on va s'arranger, s'assurer de paraître sous notre meilleur jour. C'est exactement de la même chose qu'il s'agit ici. Bien sûr, si le personnage colle à votre personnalité, il n'en sera que plus réaliste et plus facile à tenir. Mais d'autres, au contraire, vont apprécier l'idée de se cacher derrière une personnalité différente qui leur permet de se protéger. À vous de voir quel est votre style. De toute façon, on en revient toujours à un jeu de séduction : séduire le journaliste et, à travers lui, des lecteurs potentiels.
Est-ce que les médias ont une si grande influence? Oui et non. Il n'y a pas un article ou une émission de télévision qui va tout changer. Oui, après un passage à Tout le monde en parle, on note souvent un effet immédiat sur les ventes, par contre il ne faut pas oublier une chose : les invités de Tout le monde en parle sont déjà quelqu'un AVANT leur passage à l'émission. Ce qui va entraîner une influence, c'est la répétition. En publicité, on dit souvent que le client doit être exposé sept fois à une campagne pour qu'elle soit efficace. C'est la même chose en relations publiques.
Pour se vendre, il faut que les gens nous voient et nous entendent plusieurs fois. Un des meilleurs exemples au Québec en littérature de l'imaginaire est Patrick Senécal. Oui, il y a eu les projets de films. Oui, ces livres sont solides. Mais ramenons-nous à l'époque précédant la sortie du film Sur le seuil. À la même période, Joël Champetier avait aussi un projet de film, La peau blanche. Les deux auteurs étaient assez peu connus du grand public avant les projets de films. En ce qui me concerne, ce sont deux auteurs importants dans le domaine de l’imaginaire. Même que deux de mes romans d’horreur préférés (pratiquement sur un pied d’égalité) sont Sur le seuil de Senécal et La mémoire du lac de Champetier.
Les ventes de Senécal ont explosé, pas celle de Champetier. Ce serait simpliste de ramener tout ça au charisme de Senécal et à sa capacité de se vendre, mais il s'agit assurément d'un élément de réponse. Parmi les autres éléments, un des plus importants à mon sens est le fait que Senécal avait un créneau précis qui permettait aux lecteurs de le suivre d'une œuvre à l'autre alors que Chapetier s'est éparpillé dans plusieurs genres (horreur, fantasy, science-fiction). Sur le plan créatif, je comprends totalement ce choix, mais cela a un effet sur les ventes, car c'est déroutant pour le fan moyen qui ne peut être sûr de retrouver ce qu'il veut d'un livre à l'autre. Quelqu'un qui a aimé Sur le seuil a de fortes chances d'aimer les autres titres de l'auteur. Mais quelqu'un qui a aimé La peau blanche, n'aimera pas nécessairement La taupe et le dragon, un roman de science-fiction du même auteur ou ses romans de fantasy.
Bien sûr, ces deux aspects n’expliquent pas tout. Il y a d’autres éléments, intangibles dans plusieurs cas (le choix de la couverture, le fait qu’une ou plusieurs personnes croient suffisamment en un livre pour en devenir les porte-paroles et le vendre à leur tour, un élément chance ou hasard), mais comme l’auteur a peu de contrôle là-dessus je ne vois pas l’intérêt de m’y intéresser plus avant.
La personnalité de Senécal lui a permis de devenir un interlocuteur de choix pour les médias, alors que Joël Champetier n'a pas brillé autant dans l'aspect promotion du métier d'écrivain (cela dit, il n’est pas particulièrement mauvais, j’ai seulement choisi cet exemple parce que je le connais, mais aussi parce qu’ils partagent des points communs – un même éditeur, un projet de film presque au même moment). Et cet élément est complètement indépendant des qualités réelles des œuvres des deux auteurs. Je suis persuadé que la plupart des lecteurs de Senécal adoreraient La mémoire du lac, La peau blanche et L'aile du papillon. Mais je peux vous dire que même au début de ses succès, quand un journaliste recevait Patrick Senécal, il en avait pour son argent et souhaitait le recevoir à nouveau. Est-ce qu'il avait une stratégie et des messages-clés? Je l'ignore et en toute honnêteté je ne serais pas surpris que la réponse soit non. Mais on parle d'un naturel. Si c'est votre cas aussi, tant mieux pour vous. Sinon, avoir quelques messages-clés, ce n'est jamais mauvais. Et ça permet de diminuer les chances de lire un article où on a l'impression que le journaliste n'a rien compris de notre propos.
Attention, je ne dis pas qu'un mauvais auteur peut connaître le succès juste par une bonne campagne de promotion (en fait, il peut le faire sur un livre, mais pas sur une carrière), mais il ne faut jamais oublier que les gens achètent d'abord l'auteur, ensuite le livre. Alors, vendez-vous que diable!
Je me rends compte que je me suis emballé et j'ai écrit un texte beaucoup trop long pas du tout formaté à l'univers virtuel. Mais bon, comme ça touche les deux éléments de ma vie professionnelle (les communications et l'écriture)…
Cela dit, si ça vous intéresse, je pourrai revenir sur ce sujet en partageant mes réflexions sur l'art de se vendre par les médias sociaux, mais aussi par le marketing direct. Ceux qui ne peuvent attendre jusque-là peuvent lire M.I.A. Le blogue qui traite de l’art de se vendre dans les médias sociaux dans plusieurs billets récents.
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