dimanche 27 novembre 2011

Relation amour-haine avec l'écriture

Je n'ai pas écrit ici depuis des mois et je pensais bien tirer la plogue sur ce blogue laissé à l'abandon, mais Pierre m'a convaincu de ne pas le faire.

Je vais donc partager quelques réflexions qui expliquent pourquoi j'ai délaissé ce blogue et pourquoi je n'écris pas de fiction non plus depuis plusieurs mois.

J'étais au lancement de la Maison des Viscères hier et ça m'a amené à placer des mots sur la relation amour-haine avec l'écriture (particulièrement lors d'une conversation avec Pierre et Chantale).

J'ai un rapport particulier avec l'écriture. Je peux passer plusieurs mois, et même des années, sans écrire et, ensuite, je peux pondre 20 pages par jour pendant quelques semaines. Qu'on s'entende, les idées ne sont jamais un problème, elles continuent à s'accumuler même pendant les périodes creuses et à peu près au même rythme. Oui, mon mode de vie à une influence : propriétaire d'une entreprise de communication et père de deux jeunes enfants, mon temps libre se fait rare. Mais ce n'est pas la raison qui fait que j'ai des périodes ou je n'écris pas. Ces périodes s'expliquent par une chose, je n'ai pas envie d'écrire.

Avec le temps, je me rends compte que je prends mon vrai plaisir au moment de créer l'histoire dans ma tête, de mettre les morceaux en place et, dans une moindre mesure lors de l'écriture du premier jet. Ainsi, j'ai une douzaine de premiers jets (peut-être plus) de romans et de nouvelles de terminée, sans compter une multitude d'ébauches de projets variés (policier, fantastique, science-fiction, conte, fantasy, sans parler de tous les sous-genres ou les mélanges possibles).

Je me rends compte qu'après l'étape du premier jet, cela devient un travail. Et le pire, c'est que lorsque je suis plongé dedans, c'est un plaisir. Le deuxième jet, là où le texte commence vraiment à prendre forme, la traque des imperfections… Mais, allez savoir pourquoi, avant d'y être, je n'ai aucune envie de m'y lancer. Ce qui est drôle, c'est qu'à chaque fois que je reviens en mode écriture, je me rappelle jusqu'à quel point j'aime ça et je me demande comment j'ai pu m'en passer…

Je me rends compte qu'avec le temps, je vis moins bien avec le refus et la critique. C'est con, cela m'a pris un an ou deux à mes débuts pour me bâtir une carapace et bien vivre avec cette composante du métier d'écrivain. Pendant une dizaine d'années, les critiques ne m'ont pas touché ou très peu. Et là… Depuis deux ans, le moindre refus ou commentaire négatif suffit à briser ma confiance et met fin à une période d'écriture intense immédiatement. Je ne peux pas l'expliquer, mais c'est comme ça. Et, inversement, je ne me nourris plus des critiques positives ou de mes nouvelles publications comme je le faisais avant. Ça fait plaisir, mais ça ne me donne plus de boost d'énergie.

Une des raisons qui peut expliquer cela, c'est que lorsqu'un de mes textes est publié, c'est déjà un vieux texte pour moi. Cela fait un ou deux ans que je l'ai écrit la plupart du temps. Pire encore, quand j'écris un texte, c'est déjà du vieux matériel pour moi, parce que j'écris rarement l'idée que je viens d'avoir. Je laisse mûrir mes idées un an ou deux avant de me lancer dans l'écriture, ce qui fait que quand je commence à l'écrire, c'est déjà du vieux stock et le projet qui me passionne vraiment, c'est un autre.

En fait, il faudrait que quelqu'un écrive au fur et à mesure les histoires que je crée dans ma tête…
Cela dit, je n'ai pas l'intention de cesser d'écrire et si je partage ses réflexions, c'est parce que je pense que cela peut aider d'autres écrivains qui vivent des périodes de remise en question. Pour ma part, je suis plongé dans cette réflexion depuis deux ou trois ans. Je sais que j'en sortirai transformé, mais j'ignore ce que cela donnera, mais je suis curieux de découvrir le résultat.

Je sais déjà que je n'ai nulle envie d'être un écrivain professionnel. Je l'ai vécu pendant deux ans (de vivre de ma plume et que l'écriture soit mon activité principale) et j'ai détesté. Cela a contribué à lancer ma remise en question. J'ai découvert que je détestais les contraintes. Que je serais incapable d'écrire une série (on me l'a déjà proposé et, avec sagesse, j'ai décliné la proposition), car je déteste écrire deux textes similaires consécutifs. Je sais que mes décisions littéraires sont anticommerciales. Note ici, ne pas faire le lien entre commercial et mauvaise littérature, mais entre commercial et meilleure vente (ou du moins créer des conditions gagnantes pour stimuler les ventes). Par exemple, une série avec des livres publiés à six mois d'intervalles a plus de chance de fidéliser sa clientèle qu'un auteur qui navigue entre littérature adulte et jeunesse et entre plusieurs genres. Mais cela ne veut pas dire que la série de livres sera moins bonne sur le plan littéraire, ça s'est autre chose.

Mais bon, plein de choses restent mystérieuses dans mon propre rapport à l'écriture, mais je sais que je ne pourrais me cantonner à un genre. J'aime essayer des choses, découvrir des univers différents, des genres différents, des personnages différents. Bien sûr, on peut relever des thématiques et des questionnements qui reviennent, mais je crois que nous en sommes tous là. Le désavantage de cette démarche, sur le plan commercial, c'est que ce n'est pas facile de fidéliser un lectorat. Sur le plan humain, c'est qu'on écrit plusieurs textes qui ne rentre dans la ligne éditoriale de personne. Donc, au-delà des qualités réelles ou non du texte, celui-ci ne pourra jamais trouver son public. Par exemple, une novella trop longue pour les revues, mais trop courte pour les collections de novellas. Ou un texte trop fantastique pour une revue de littérature générale, mais avec un fantastique trop discret pour les publications du milieu. C'est de ce genre de chose quand je parle de décisions non commerciales.

J'aurais pu soulever d'autres raisons/éléments de questionnement comme l'aventure désastreuse avec La veuve noire éditrice qui a publié L'Arracheur de rêves (une histoire d'horreur en ce qui me concerne). Ce sera peut-être pour une autre fois.

P.S. J'espère que je ne donne pas l'impression de me plaindre. Ce n'est pas du tout mon but. Dans un premier temps, je cherche à comprendre mon rapport amour-haine avec l'écriture et, d'autres part, je me demande si je suis le seul à vivre ce genre de remise en question ou si c'est un passage obligé pour tous les écrivains (ou du moins quelque chose de courant).

7 commentaires:

Carl a dit...

Je te comprends tellement !
Moi aussi, j'écris ce que j'ai envie d'écrire, ce qui fait que je me ramasse avec des textes dont la longueur ne convient à personne et dont la teneur fantastique ou SF est trop présente pour le généraliste et pas aasez pour le spécialisé...

Par contre, côté hyper-production, je ne t'arrive pas à la cheville. Peut-être qu'un jour ça va débloquer.

Ton billet me rappelle que je m'ennuie de nos dîner de salons du livre où on parle en gang de ces affaires-là. Vivement le prochain Boréal.

Anonyme a dit...

C'est rassurant de lire ton billet. Je m'y suis reconnue. Et ça me sécurise, de ne pas être seule à vivre cela, d'une certaine façon ça légitimise mon écriture à temps partiel. ;-) Parfois, je me dis que je n'arrivertai à rien parce que je ne vise pas de vivre de l'écriture. J'ai un boulot que j'aime, mais le besoin d'écrire est là, sous-jascent. Cependant, comme toi, j'ai beaucoup plus de plaisir à élaborer les histoires dans ma tête, je manque de temps pour le travail que demande l'écriture, alors je culpabilise et je remets à plus tard.

Caro L.
http://www.tetedanslesetoiles.blogspot.com/

Isabelle Lauzon a dit...

Ouf! Bonyenne, tu vous me confirmez tous ce que je pensais déjà : nous, auteurs, sommes des extraterrestres et venons probablement tous de la même planète...

Non, tu n'es pas seul, Pierre-Luc! (hé! Je me reconnais tellement dans ton billet!) J'ai moi aussi une tonne de premiers jets qui dorment dans mes tiroirs... et si la confiance pouvait se trouver au Club Price, j'en achèterais des caisses, tu peux être certain...

Allez, haut les coeurs, collègues! On a le droit de prendre des pauses, de se remettre en question... mais pas question de lâcher! :D

Gen a dit...

Il y a deux mois, je t'aurais dit que je ne te comprenais pas et que je n'avais jamais connu de moment où je n'avais pas envie d'écrire et où retravailler un texte m'apparaissait comme du vrai boulot.

Mais là la vie vient de me rentrer dedans big time et, depuis, j'ai pas envie de travailler aux projets en cours.

Pas tellement envie d'écrire non plus, même des premiers jets.

Oh well... je suppose que ça passera.

Et je comprends tout à fait que les critiques positives ou les annonces de publication ne suffisent plus à te booster. L'effet s'émousse après un temps.

Vivement le Boréal : y'a ben juste les conversations en face à face qui réussissent toujours à me requinquer!

Pierre H.Charron a dit...

excellent billet pierre-Luc. Vraiment un excellent résumé de notre jasette d'hier :)

Tu vois : au mons déjà 5 personnes (dévoilées) qui t'ont lu aujourd'hui..Alors, si tu envisages de tirer la "plogue" ici...lâche-moi un coup de fil ;)

Au plaisir de se revoir..au Boréal probablement!

Isabelle Lauzon a dit...

Merci énormément à Pierre et Chantal! ;)

Et oui, Gen, vivement le Boréal : on en ressort toujours avec un trop-plein d'énergie à dépenser dans l'écriture... :D

Pierre-Luc Lafrance a dit...

Content de voir que je ne suis pas tout seul sur ma planète.

Là j'en suis au stade où j'ai le goût d'avoir le goût d'écrire... on progresse. ;)